La RSE vue sous le prisme des prestataires du numérique

Le 16 février 2022, le Club de la Presse Informatique B2B a organisé un débat sur le thème Green IT et RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises). L’objectif était d’évoquer les possibles pour les acteurs du numérique afin de transformer les contraintes auxquelles ils font face en opportunités, notamment sur les sujets de protection de l’environnement, des obligations réglementaires, des responsabilités de chacun, des démarches à adopter et des moyens à mobiliser. Les sociétés Accenture, Capgemini Invent, Dell Technologies, Nutanix, Oracle et Pure Storage, par la voix de leur représentant.e, ont évoqué les axes qu’elles soutenaient [1]. Retour en synthèse avec AdVaes.

Le sujet de la RSE n’est pas nouveau dans le secteur du numérique. Un virage est cependant en cours de s’opérer actuellement. Les entreprises de ce secteur passent d’un mode où elles “cochent des cases” dans un rapport annuel et donnent des éléments à titre indicatif, le plus souvent traités par des équipes rattachées aux directions marketing, communication ou finance, à un mode où la RSE s’inscrit au cœur de leur stratégie dans une perspective de transformation et de développement durable. La RSE devient un enjeu de stratégie, soutenu au plus haut niveau par le Comex. Il s’agit dès lors de définir quels sont ses impacts sur les modèles d’affaires et sur l’ensemble des processus, depuis les achats jusqu’à la production et la communication. Ces entreprises souhaitent progressivement passer du “dire”, au sens “je communique”, à “je dis, je fais et je prouve” par des actes et des données, avec le plus de transparence possible. 

Même si le sujet du Green IT remonte déjà à quelques années [2], la notion de numérique responsable est plus récente. Elle s’est renforcée après le premier confinement lié à la pandémie de la Covid-19. Un nouveau poste, celui de “directeur.trice numérique responsable” ou équivalent, a vu le jour avec l’objectif de traiter l’impact environnemental de la direction des systèmes d’information en intégrant également une dimension sociale (inclusion, parité, etc.).

Contraintes imposées aux entreprises du numérique

Des obligations légales existent depuis longtemps dans certains secteurs pour vérifier et restreindre leurs émissions de GES (Gaz à Effet de Serre). C’est le cas notamment du secteur de l’automobile, et bien d’autres. Dans le secteur du numérique, une pression réglementaire s’exerce depuis plus récemment à différents niveaux, y compris pour l’administration et les organismes publics. La feuille de route du gouvernement impose par exemple, qu’à minima pour tous les services publics, les services numériques soient accessibles à tous et qu’ils respectent des règles de sobriété numérique dans leur conception et dans leurs usages.

La loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire), entrée en vigueur depuis le 1er Janvier 2022, instaure la mise en place d’un indice de réparabilité pour les smartphones et les PC portables. Les entreprises concernées ne s’y conformant pas sont passibles d’amendes. Il sera par ailleurs obligatoire de communiquer sur son empreinte carbone, et celle de ses produits et services.

Les entreprises ont désormais l’obligation de respecter le recyclage de leurs matériels électroniques et de leurs équipements informatiques. Elles ne peuvent plus les jeter à la déchèterie. Elles doivent faire appel à des sociétés spécialisées qui en assureront le bon recyclage ou, sinon, les donner à des associations ou des écoles pour une seconde vie. 

L’indice de réparabilité va être de plus en plus critique afin d’éviter de changer l’intégralité d’un matériel lorsqu’une seule pièce tombe en panne et peut être remplacée.

L’indice de réparabilité

De plus en plus d’entreprises essaient de maximiser la durée de vie de leurs ordinateurs ainsi que de leurs serveurs, et sont donc intéressées par la facilité de réparation des équipements informatiques. L’indice de réparabilité prend tout son sens. Privilégier des équipements plus faciles à réparer et plus denses (cf. carte mère) a un impact sur les émissions de CO2. Il faut cependant aller au-delà de cet indice et ne pas se focaliser que sur la réparabilité. Pour augmenter la capacité ou la performance d’un équipement, il suffit de changer certaines pièces (cf. disque dur, mémoire…) par d’autres plus performantes. 

La pression réglementaire n’est pas la seule à contribuer à la transformation. Il y a également :

  • Les catalyseurs financiers comme facteurs d’adoption des stratégies de RSE. Mettre en place une stratégie de RSE pousse les analystes financiers à émettre un avis sur la durabilité de l’entreprise et sa capacité  à tenir ses engagements ;
  • Ceux de la marque employeur et de la fidélisation des talents, avec les pressions internes qui émanent des collaborateurs et qui, au-delà, peuvent influencer le choix de jeunes diplômé.es et de talents lors des processus de recrutement ;
  • La pression des clients et des consommateurs.

Pour un des éditeurs présent à la table ronde, quasiment tous leurs clients demandent désormais des informations sur la stratégie de RSE de la société, et notamment sur son empreinte carbone. Au même titre que d’autres éditeurs du marché, ils ont élaboré une métrique pour calculer la quantité de CO2 émise en fonction du montant dépensé par un client pour les solutions de cloud utilisées. La mesure de l’empreinte environnementale va au-delà de la mesure de l’empreinte carbone. Elle prend en compte les fournisseurs de centres de données qui hébergent leurs solutions, la fabrication des serveurs et les processus de recyclage associés, la réduction des déchets, etc.

Le numérique et la RSE

La prise de conscience des impacts environnementaux de l’usage du numérique est réelle. Le numérique représente entre 2% et 4% des émissions de GES selon les analyses faites. Ce taux devrait doubler d’ici 2040 si rien n’est fait. Les terminaux et leur fabrication sont responsables de plus de 50% des impacts. Les actions conduites à leur niveau ont une incidence significative. En ce qui concerne les centres de données, l’impact provient majoritairement des serveurs et des systèmes de refroidissement utilisés. Des leviers d’optimisation sont possibles par exemple en augmentant la durée de vie des équipements et le juste pilotage des usages qui en sont faits.

Le numérique apporte des effets positifs dans certaines industries et des effets négatifs dans d’autres. Il est nécessaire d’arbitrer. Pour ce faire, la mise en place de métriques qui permettent d’arbitrer la pertinence d’un projet numérique en regard de ses impacts et de ses apports devient clé. Par exemple :

  • Une étude menée en Allemagne sur 4 thèmes industriels a montré qu’un projet numérique, dont les émissions étaient estimées à 16 millions de tCO2e (tonne équivalent CO2), permettait d’éviter l’émission de 70 millions de tCO2e, soit une réduction de 54 millions de tCO2e [3] ;
  • De même, un gestionnaire d’autoroutes et de tunnels d’un État d’Europe du Sud a optimisé la gestion de ses systèmes de ventilation et d’éclairage dans les tunnels en s’appuyant sur des solutions de cloud computing. Il a réduit de 10% sa consommation électrique ainsi que ses émissions de CO2 associées.

L’une des premières étapes est de mesurer l’empreinte carbone au sens large, en prenant en compte l’ensemble des scopes (1, 2 et 3). Or, aujourd’hui, selon Capgemini Invent cette tâche est difficile pour le numérique. Peu d’entreprises du secteur, ainsi que celles qui consomment le numérique, ont effectué cette mesure de bout en bout. Celles qui ont enclenché ce calcul, adoptent une démarche exhaustive dans un premier temps, qui peut s’appuyer sur les outils de calcul d’empreinte carbone développés en propre et/ou qui commencent à être proposés par les prestataires du marché.

Mais la RSE ne se réduit pas à mesurer l’empreinte carbone. Il y a d’autres métriques à observer : sur le volet environnemental, la consommation de l’électricité et le mix énergétique, la consommation d’eau, les déchets et les pollutions ; sur le volet social, l’inclusion, l’égalité et la parité ; et ce sans oublier le volet éthique. L’attention doit également porter pour Accenture sur la formation des collaborateurs : très importante, un premier niveau de sensibilisation peut se faire par le biais de la Fresque du Climat pour comprendre le changement climatique [4].

Dell Technologies met l’accent sur l’indice de réparabilité, la conduite de projets numériques avec des associations et des laboratoires de recherche, la mise à disposition d’un outil de calcul de l’empreinte carbone de leurs produits.

Nutanix indique que les ateliers de la Fresque du Climat ont été un événement majeur au sein de leur entreprise pour sensibiliser les équipes vis-à-vis de l’environnement et agir. Les actions ont pris différentes formes : développement d’applications, restauration collective, consommation locale, réutilisation de PC.

Chez Oracle, l’entreprise accorde du temps à ses employés pour faire du volontariat, s’engager dans des programmes spécifiques en relation avec les sujets d’inclusion et de parité comme “Oracle Women Leadership”.

Pure Storage rappelle que le changement commence de l’individu et que chacun doit apporter sa part au respect de l’environnement et de la société.

Les priorités et les actions en matière de RSE diffèrent selon les acteurs du numérique, leurs activités mais également leur histoire. Les quelques exemples donnés ci-dessus en clôture de débat ne sont certes pas exhaustifs. Le débat aurait sans doute mérité plus d’éléments chiffrés pour étayer les dires, et mettre des données en regard des actes, comme évoqué au début. La RSE est un vaste sujet. La résumer en une matinée reste un exercice complexe.


[1] Débat animé par José Diz, pour le Club de la Presse Informatique B2B avec la participation de Carole Davies-Filleur, associée directrice Sustainability & Technology chez Accenture ; Laurence Jumeaux, en charge de l’offre Sustainable IT chez Capgemini Invent ; Gabriel Ferreira, directeur technique chez Pure Storage ; Laetitia Cousi, responsable RSE chez Dell Technologies ; Gérôme de Gea, directeur Oracle Cloud Infrastructure EMEA chez Oracle ; et Bruno Buffenoir, directeur général chez Nutanix France.

[2] L’une des premières communautés Green IT a été créée en 2004 – “Créée en 2004, GreenIT.fr est la communauté des acteurs du numérique responsable qui s’intéressent, entre autre, à la sobriété numérique, à l’écoconception des services numériques, à la lowtech, et plus globalement à un avenir numérique alternatif.”

[3] The digital economy‘s impact on the climate – a Bitkom study conducted by Accenture[4] https://fresqueduclimat.org

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