L’approche FinOps, levier d’amélioration de l’empreinte carbone

Des analyses émergent pour faire de FinOps une discipline menant non seulement à une informatique maîtrisée et économique mais aussi responsable et durable. En contrôlant mieux le partage des ressources et en améliorant leur consommation, AdVaes pense que l’approche FinOps peut en effet être un formidable levier pour aider à réduire l’empreinte carbone du numérique.

Que recouvre l’approche FinOps ? Sans rentrer dans les détails, elle réunit un ensemble de pratiques et d’outils visant initialement à arbitrer sur la valeur d’usage et à optimiser celle-ci sous l’angle financier afin de mieux en maîtriser les coûts afférents (dans une logique de contrôle des dépenses). Pour aller plus loin :

  • The FinOps Foundation, hébergée par la Linux Foundation, regroupe plus de 2 000 membres pour faire progresser la discipline dans les pratiques, former et insuffler des normes. Fin 2020, elle s’est associée à The Cloud Native Computing Foundation® (CNCF®), œuvrant à la création d’écosystèmes de logiciels ‘cloud-natifs’ durables, pour travailler à l’élaboration de meilleures pratiques et de normes dans ce domaine ;
  • Une communauté francophone, créée en 2019 et réunissant plus de 500 membres aujourd’hui, expose régulièrement des retours d’expérience sur ce sujet ;
  • D’autres acteurs agissent sur le marché avec des périmètres d’interventions plus ou moins étendus et/ou outillés, encore centrés pour la majorité sur la mesure des coûts et/ou la comparaison tarifaire à service équivalent afin d’optimiser la facture du cloud : Cloudeasier [1], CloudHealth, Cloudorado, Cloudyn, Gekko [2], ParkMyCloud, Timspirit

En analysant plus finement les ressources consommées par services de cloud et en simulant leurs coûts d’utilisation, les entreprises peuvent identifier celles pertinentes au meilleur coût en fonction de leurs besoins. Au-delà, il s’agit d’intégrer la responsabilité financière au modèle de dépenses variables des solutions de cloud et de disposer des méthodes, des outils et des indicateurs permettant de faire les meilleurs compromis selon les besoins et les contraintes (vitesse, coût, qualité, expérience client, conformité, gouvernance…).

Agir sur les coûts liés à la consommation des ressources hébergées dans le cloud, mieux les maîtriser et les allouer peut avoir un impact positif sur la consommation énergétique associée et, in fine, sur l’empreinte carbone. Une entreprise ou une administration peut probablement réduire la consommation d’électricité de ses centres de données et des serveurs hébergeant ses environnements numériques en réduisant les dépenses afférentes par :

  • La migration vers le cloud public de ceux éligibles (apports de la mutualisation, de l’industrialisation, de l’automatisation, de l’ajustement à la demande, des effets d’échelle…) ;
  • L’optimisation des coûts des services de cloud et du pilotage des ressources concernées.

A titre d’exemple, Centro, un éditeur de logiciels américain, a indiqué avoir réduit de 37% ses coûts en arrêtant simplement ses instances de 7h à 19h ainsi que le week-end. L’objectif premier n’était certes pas focalisé sur les enjeux environnementaux. Cependant, en faisant ce choix économique, la société a optimisé la consommation d’énergie de ses serveurs, et a diminué ainsi son empreinte carbone et ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Au-delà, selon les systèmes de refroidissement retenus dans les centres de données hébergeant ses solutions, elle a aussi pu agir indirectement sur sa consommation en eau.

Selon une analyse de l’IAE (International Energy Agency) [3], la demande mondiale d’électricité des centres de données aurait été d’environ 200 TWh en 2019, soit moins de 1% de la demande finale mondiale d’électricité. Depuis 2010, les efforts réalisés par les opérateurs de centres de données et leur écosystème en matière d’efficacité et d’efficience des matériels et des infrastructures les hébergeant [4] ont permis de contenir la demande énergétique mondiale des centres de données malgré une augmentation de 60% de la demande en services (notamment de cloud – cf. graphique ci-dessous).

Les mentalités et les approches changent : faire le choix du cloud, ce n’est pas laisser les lumières toujours allumées quand cela n’est pas nécessaire. Les ressources ne sont pas infinies. Les modèles d’architectures et le code des environnements hébergés dans le cloud peuvent aussi être améliorés. Tous les leviers doivent être activés et les démarches FinOps pourraient avoir des effets bénéfiques dans ces domaines. Comme le résume la société Sfeir “Le FinOps participe à l’engagement de sobriété numérique” [5]. Reste les indicateurs de mesure à créer et à évaluer pour bien comparer et faire les choix les plus pertinents. Le marché en manque cruellement.


[1] Société essaimée par Linkbynet [2] La société a été acquise en 2020 par Accenture
[3] Basée sur une étude “Recalibrating global data center energy-use estimates”, parue dans la revue Science en 2020
[4] Cf. choix de serveurs et d’équipements efficients labellisés Energy Star par exemple – recommandations du Département à l’Energie des Etats-Unis : www.energy.gov/eere/buildings/data-centers-and-servers
[5] Voir la conférence dédiée à ce sujet “Cloud & FinOps :  Comment concilier innovation rapide, maîtrise des coûts et sobriété numérique” – 2 février 2021