GAIA-X, une plate-forme pour un espace européen de données partagées en confiance

Le GAIA-X Summit est l’occasion de revenir sur les objectifs, les enjeux et la proposition de valeur de l’initiative européenne de développement d’une infrastructure de données fédérée. Cette initiative réunit déjà plus de 150 organisations en provenance de 18 pays différents et se structure progressivement autour d’écosystèmes verticaux stratégiques comme la santé, l’énergie, la finance, l’agriculture, l’industrie. Synthèse par AdVaes des éléments clés de la matinale d’ouverture du 18 novembre 2020.

Objectif de GAIA-X [1]

Créer une infrastructure de données fédérée pour l’Europe avec des règles et un cadre commun en matière de localisation, portabilité, interopérabilité et garantie de protection. Différents écosystèmes y contribuent et s’engagent à partager des données avec d’autres membres même s’ils n’utilisent pas les mêmes fournisseurs de ressources numériques (cf. ceux du cloud notamment) ni les mêmes environnements technologiques pour leur système d’information.

D’un point de vue économique, la création d’espaces de données comme GAIA-X, facilitant le transfert et la portabilité, favorise le développement de nouveaux modèles économiques et commerciaux basés sur la donnée. Le partage des données est le principal enjeu de l’économie mondiale, aujourd’hui et demain (cf. concept d’économie des données). En optimisant les coûts de transaction [2] qui relèvent de la donnée, il est possible d’agir économiquement sur le coût global d’un service ou d’un produit. GAIA-X a la capacité de réduire ce coût de transaction en organisant le transfert de données. L’organisation des échanges de données peut aussi empêcher la création de marchés de données captifs, éviter les dépendances entre marchés et permettre une meilleure fluidité des marchés. Les données doivent par ailleurs mieux circuler pour libérer leur valeur et leur potentiel. Pour ce faire, il est indispensable d’établir un niveau élevé de confiance entre les parties prenantes : collecteurs des données, ceux qui les traitent et/ou les opèrent, ceux qui les exploitent, ceux qui les consomment et en font usage. GAIA-X a cette vocation, établir un cadre solide qui permette cet échange de données, comme une tierce partie de confiance.

Favoriser la concurrence et empêcher tout monopole « des données » impliquent aussi de combiner les politiques et les agents de données. La souveraineté des données est nécessaire pour protéger la vie privée, les secrets commerciaux, la transparence des gouvernements… GAIA-X en ce sens ne se concentre pas uniquement sur l’accès et sur la protection des données mais sur la souveraineté des données. GAIA-X est une occasion de revoir la stratégie des données et de créer un écosystème numérique « régulé » autour s’appuyant sur des règles de conformité et des codes de bonne conduite.

GAIA-X est une réponse aux enjeux de données confidentielles, sensibles (cf. projets industriels). La plate-forme permet de les partager dans un environnement de confiance, protégé et transparent, permettant de collaborer autour. GAIA-X offre une valeur commerciale et des perspectives d’innovation pour des espaces de données où les données sont échangées avec des partenaires de manière sûre et fiable, en toute confiance.

En tant que plate-forme « souveraine » pour les données, GAIA-X fait cependant face à de multiples enjeux. Les facteurs clés de succès de l’initiative reposent notamment sur :

1- Le cadre légal insufflé permettant, entre autres, de fédérer les services, de relier les systèmes entre eux (interopérabilité) et de favoriser l’ouverture et la transparence (le recours à l’open source est avancé en ce sens) ;

2- L’engagement de nombreuses organisations (entreprises et services publics) ;

3- L’action des clients/fournisseurs, partenaires et utilisateurs des données.

Les CSP (Cloud Service Providers) et leurs clients prennent progressivement conscience qu’ils bénéficieront pleinement des apports de cette plate-forme s’ils s’impliquent dans son développement et y contribuent activement. De nombreux projets numériques (cf. IoT, edge computing) nécessitent des infrastructures de données et des écosystèmes de données spécifiques, d’autant plus « sophistiqués » s’ils intègrent des mécanismes à base d’intelligence artificielle (IA) et d’apprentissage automatique (machine learning – ML). GAIA-X pourrait aider à créer un écosystème numérique basé sur une infrastructure de données fédérée et décentralisée pour ces projets numériques innovants tout en « préservant » l’accès, l’échange et la souveraineté des données.

Au-delà, GAIA-X peut-être une opportunité pour créer un ensemble de normes pour les centres de données de nouvelle génération, qu’ils soient construits et opérés de manière plus « intelligente » (refroidissement, chaleur, énergie, consommation en eau…), plus respectueux des politiques et des exigences énergétiques en matière de protection de l’environnement et de durabilité (« sustainability »), mieux standardisés et plus transparents sur leur « fonctionnement » autour des données.

[1] Site web de GAIA-X [2] cf. théorème de Coase